Les escaliers du secondaire

Publié le par Gabrielle Boivin

Elle savait que le secondaire ne serait pas facile.

 

Elle savait qu’elle rencontrerait plusieurs inconnus et que tout serait différent de sa petite école d’enfant. Mais elle avait secrètement espéré se faire plusieurs nouvelles amies. Des amies à qui elle pourrait raconter les n’importe-quoi de sa vie. C’est pourquoi quand elle est rentrée chez elle ce soir-là, elle était vraiment déçue. Sa première journée dans la cour des grands avait été un désastre. Sa balloune était pétée. Son nuage rose était parti en fumée. Toutes ses illusions étaient maintenant défaites. En seulement une journée.

 

C’était moyen.

 

L’école était tellement grande qu’elle s’était perdue, sans parler du fait qu’elle avait été beaucoup trop gênée pour parler à qui que ce soit. Difficile de se faire des amies quand les mots t’abandonnent. Elle avait donc passé sa journée seule.

 

Mais ce n’est pas ça qui occupait ses pensées alors qu’elle montait les marches pour se rendre à sa chambre. Les questions se bousculaient dans sa tête. Un vrai tourbillon là-dedans. Elle aurait aimé comprendre, mais elle n’y arrivait pas. En déposant son sac à dos au pied de son lit, elle resta figée, debout, à repasser en boucle les événements de la récré de l’après-midi.

 

Il se pourrait qu’elle se trompe, mais elle est presque certaine qu’un gars de sa classe lui avait touché volontairement une fesse alors qu’elle montait les escaliers pour se rendre à son cours. Elle avait d’abord sursauté parce que jamais un garçon, ou une fille, n’avait touché ses fesses d'ado jusqu’à maintenant. C’était une première, une nouvelle sensation qu’elle n’était pas certaine d’avoir aimée.

 

Pour toutes ces raisons, elle ne s’était pas retournée, soit par honte ou par peur, elle ne sait pas. En plus que ses joues étaient devenues tellement rouges qu’elle avait préféré se cacher plutôt que d’affronter ledit garçon derrière elle. De toute façon, ce n’était pas du tout son genre d’affronter un autre élève. Surtout pas durant sa première journée d’école au secondaire. Elle n’allait quand même pas faire une scène comme ça, dans les escaliers, devant tout le monde! Elle, une petite nouvelle de secondaire 1!

 

Non, mais ça va pas?

 

Elle avait donc continué de monter les marches en silence, essayant de ne pas accorder trop d’importance à son coeur qui jouait du tambour dans sa poitrine.

 

Elle savait qu’elle ne pourrait pas rester indéfiniment dans le confort de sa chambre parce que tôt ou tard, sa mère allait l’appeler pour qu’elle descende souper. Assise sur son lit, elle profita de ce petit moment précieux, juste pour elle, à l’abri des regards et des questions familiales quotidiennes. Ses parents étaient du genre ultra-protecteurs, des fois trop. C’était agaçant. Alors elle préféra ne pas en parler. Les mots pouvaient attendre encore un peu avant de faire leur grand retour.

 

Ce fut un souper bien silencieux, mais elle rassura ses parents leur disant qu’elle était stressée par un devoir de mathématiques. Ce qui n’était pas totalement faux. Elle avait bien un devoir de maths à remettre le matin suivant, mais elle était plutôt douée en calcul alors ça ne la stressait vraiment pas. Même que ce devoir était le dernier de ses soucis ce soir-là. C’était par contre la meilleure excuse à donner pour pouvoir passer la soirée enfermée dans sa chambre.

 

Tranquille.

 

Quand elle ferma la porte de sa chambre, elle prit une grande respiration et ça lui donna comme un élan d’énergie. Bon, il fallait qu’elle se prenne en main.

 

Voyons!

 

Ce n’est pas parce que la première journée au secondaire avait été pénible qu’elles le seraient toutes.

Peut-être même qu’elle allait adorer le secondaire.

Une fois n’est pas coutume.

En plus, c’était peut-être un bête accident qui allait la faire rire dans quelques semaines.

 

Et elle continua de se répéter des pensées positives toute la soirée. Comme pour essayer de se convaincre. Avec un petit sourire, elle réalisa que ça fonctionnait.

 

Ce qu’elle ne savait pas, c’est que cette histoire ne faisait que commencer…

Commenter cet article