Une soeur maternelle

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Je me souviens quand ma soeur a commencé la maternelle, je lui avais tout expliqué. Le trajet de l’autobus, la cour de récré, je lui avais fait visiter mentalement l’école, plusieurs fois. Comprenez-moi bien, j’ai toujours pris mon rôle de grande soeur très au sérieux.

Moi, j’étais déjà à cette école depuis 2 ans. Je connaissais la game. Pour elle, tout était nouveau. C’était sa première rentrée, et j’suis pas mal certaine que ce matin-là, nous sommes sorties de l’autobus jaune main dans la main. Pour la rassurer. Pour lui rappeler que j’étais là.

Moi, j’avais déjà des amis, mais je savais que ma soeur n’allait pas tarder à avoir les siens aussi. Comment résister à ce beau petit visage, boudeur et frisé.

Moi, je n’avais pas peur de me perdre dans l’école comme dans les pires cauchemars. Et je m’étais assurée qu’elle ne se perdrait pas non plus.

Bref, ma soeur était prête pour la maternelle. Malgré cela, elle a dû commencer sa journée triste, les larmes au bord des yeux, comme d’habitude. Puis, rencontrer des gens, rire, s’amuser. Mais je sais qu’au fond, son insécurité ressortait dans ce nouvel environnement si grand, elle si petite. Je la connais, elle devait être inquiète de ne plus me voir à la cloche, de ne connaître personne, de devoir se rendre seule à l’autobus à la fin de la journée..

Merde!

J’avais oublié de lui expliquer comment faire, par où passer pour trouver l’autobus.

J’avais tout prévu, tout expliqué en détails, sauf ça. Le plus important. J’étais inquiète tout à coup. Comme elle. En même temps, une petite fille de maternelle... elle n’allait certainement pas être seule. Son enseignante allait bien l’aider.

Non?!

La cloche avait sonné. Je descendais avec mon groupe. Moi, je savais quel autobus prendre. Pour deux raisons.

C’était le premier dans la file. Facile.

Mais aussi, j’avais un mouton plastifié sur mon sac d’école, pareil comme celui dans la vitre de l’autobus. Je ne pouvais pas me tromper, surtout pas après 2 ans.

Mon groupe passait par le gymnase pour un accès rapide à la cour. Les maternelles étaient tous assis dans le gymnase, en rangée avec leur groupe. C’était la première de son groupe.

Eugénie! Oublie pas, c’est l’autobus des moutons! C’est...

Quelqu’un m'interrompt.

Nicole.

C’était une enseignante de maternelle, et personne ne voulait être dans sa classe. Elle était mauvaise, et elle n’avait pas apprécié que moi, une 2e année, je m’incruste dans les rangs des tout-petits. J’étais en colère, et j’ai probablement fait des gros yeux à cette madame qui ne voulait pas que je rassure ma soeur.

Je m’en souviens, je lui en veux encore.

Ma soeur ne s’est pas trompée. Elle m’a rejoint dans l’autobus peu de temps après. Heureusement.

Nous avons fait le trajet assises à côté, à parler contre Nicole. À la maison, nos parents l’ont su, aussi, pour Nicole.

Bref, empêche-moi pas de parler à ma soeur.

Depuis ce temps, on ne s’est plus jamais séparées, elle et moi. Nous avons suivi les mêmes traces. Mêmes écoles, mêmes goûts, mêmes expressions, même visage. C’est ma complice.

Aujourd’hui, je ne suis pas moins protectrice. La preuve: je me rappelle de tous les détails de cette aventure, et je ne comprends toujours pas.

Si parfois je te tanne avec mes questions, sache que je veux seulement m’assurer que tu vas bien, tout le temps, et je veux être certaine que tu ne manques pas l’autobus.

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