Une enseignante et sa pomme

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3e année. Classe de Chantale.

Dans la classe de Chantale, tout était différent des autres classes. Elle était spéciale Chantale. Dans le bon sens du terme.

Je me souviens que les pupitres ne faisaient pas face au mur du tableau, et qu’ils changeaient d’orientation avec les étapes.

Je me souviens qu’en début de journée, on pouvait aller faire l’éloge de nos talents devant les élèves en présentant une «performance». Moi, j’avais dansé (plutôt présenté quelques mouvements balletiques de base). Et j’avais lu une de mes compositions. Une histoire de petit garçon blessé par un ballon.

De la grande littérature.

Je me souviens que dans la classe de Chantale, on avait fait un gros chien en berlingots de lait pour un concours provincial, et qu’on avait gagné.

Je me souviens aussi que le programme de 3e année, du moins cette année-là, était assez complexe. Même Chantale avait de la difficulté à comprendre. Même mes parents, tsé. À la rencontre de parents, elle avait laissé son numéro de téléphone (chez elle là!) aux parents présents pour nous aider dans nos devoirs.

C’était une fichue de bonne enseignante. Dévouée. C’est pour ça que je m’en rappelle.

Je me souviens aussi de mes amis de 3e. Presque tout le monde était là. Et une nouvelle. Jessica. Je me souviens d’elle parce qu’elle est devenue mon amie. Elle avait des drôles de vêtements, un drôle de sac d’école, du moins c’est de cette façon que je la décrivais à mes parents.

Eux, ce sont des parents. Ils comprennent.

Un matin en faisant mon lunch, ma mère m’a demandé si Jessica apportait des collations à l’école. Non. Elle ne mangeait pas.

Ce matin-là, à l’heure de la collation, moi j’avais 2 pommes. J’en ai tendu une à Jessica. Elle était contente. Un sourire de reconnaissance, et d’incompréhension. Moi, dans ma petite tête de 9 ans, je commençais à comprendre. Mais ma maman, elle, avait déjà compris bien des choses. Parce que c’est ça être une maman.

Être une maman, c’est un mode de vie. C’est pas seulement un statut social. Dès que tu as un enfant, tu en as 10, 20, 1000. Les amis de tes enfants deviennent tes enfants, les voisins, les cousins. Si un souffre, le coeur de maman souffre aussi. En même temps. Une maman peut porter le poids de l’univers sur ses épaules. Dans son coeur. L’inquiétude, la peur, la colère, parfois, mais surtout l’amour. L’amour d’une mère.

Aujourd’hui, j’me dis que moi aussi, je serai une maman comme ça. Je m’engage à toujours garder ça en tête. C’est un bel objectif de maman, et un bel objectif d’enseignante. Parce qu’une enseignante, bien souvent, c’est une 2e maman. Parce que si un élève de ma classe ne mange pas assez, ou pas du tout, je lui donnerai volontiers la pomme qui attend sur mon bureau.

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