Le vol des effaces

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Je me souviens la première fois que j’ai été consciente d’un vol. J’étais en première année. On commençait la semaine, et toute la classe en avait entendu parler.

J’avais une amie dans la classe de Louise, Émilie, qui adorait les chevaux. Elle avait d’ailleurs 3 belles petites effaces en forme de cheval. Elles étaient multicolores. Peut-être même qu’elles sentaient quelque chose.

Les effaces étaient toujours dans son pupitre au même endroit: dans le porte-crayons à gauche. Je le sais, c’était ma voisine de pupitres lors de l’incident. C’est arrivé un midi je crois. En revenant de la récré, elle ne trouvait plus ses petites effaces. En plus, elles étaient neuves.

Cherche partout, demande à tout le monde.

Rien.

Reflex de petite fille de première année qui panique: aller voir l’enseignante. Louise l’avait aidée à chercher partout, à demander à tout le monde.

Rien.

Peut-être les as-tu laissées chez toi aujourd’hui. Regarde dans ta chambre, je suis certaine que tu les retrouveras.

Le lendemain, rien.

Pauvre chouette. Ses nouvelles effaces.

J’suis certaine qu’elle les aimait tellement qu’elle ne les aurait même pas utilisées. J’suis certaine qu’elle aurait été plus attentive en classe de peur de faire des fautes. Pour ménager son nouveau trésor. Elle se serait peut-être plus appliquée, et aurait eu de meilleures notes. On ne sait pas.

Ces effaces auraient pu changer son année. Elles l’ont fait. Autrement. Ces effaces, elles ont changé la vie de toutes les têtes de première année dans la classe de Louise.

Quelqu’un avait volé!

Vers le milieu de la semaine, toujours rien. Je me souviens qu’avant d’aller jouer dehors un après-midi, l’enseignante avait fait un message à tous. Pour nous sensibiliser. À 5 ans, ce n’est peut-être pas tout le monde qui sait que voler c’est mal, et que ça peut faire de la peine à un autre ami.

La personne qui a volé les effaces d’Émilie devrait se sentir très mal. Il faut avouer si on veut se faire pardonner. Imaginez que quelqu’un vous prenne quelque chose sans vous le demander. Vous auriez de la peine vous aussi.

Son discours ne pouvait pas être plus clair. Voler c’était grave, et le coupable paierait d’une façon ou d’une autre. C’était si sérieux que je me suis même sentie mal. Moi, une innocente. J’imagine pas le coupable.

À la fin de la semaine, le dossier était classé. Non élucidé.

Je ne me souviens pas qu’on ait retrouvé les effaces. Mais je me souviens avoir trouvé cet incident marquant.

C’était la première fois que j’étais consciente d’un vol. Que j’avais connaissance que les gens pouvaient faire de telles choses. Aussi horribles, aussi lâches.

Comment faisaient-ils pour ne pas se sentir coupable?

J’avais déjà compris la gravité d’un tel geste à 5 ans.

Certains ne le comprendront jamais.

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