La table d'Halloween

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Moi, quand j’étais petite, disons fin primaire, j’me cassais pas la tête avec mes costumes. Oh non! La chemise à carreaux de papa, j’étais un bûcheron, le sarrau blanc de maman, et j’étais une pharmacienne.

Bingo!

Je sais que c’est pas normal. Que j’aurais dû avoir le goût de mettre plein d’énergie dans mon costume, comme les autres enfants. Mes amis à l’école avaient toujours les plus beaux. Les enseignants aussi. Et ma soeur aussi. Elle, elle y mettait autant de temps que si l’Halloween était un concours. Comme si elle allait avoir plus de bonbons parce que son costume était plus recherché que le mien.

Bon, j’avoue que le plaisir de l’Halloween passe aussi par le costume, et pas seulement par les sucreries. Ma soeur, elle avait compris ça. Et elle s’amusait autant à trouver les idées qu’à les confectionner avec ma mère. Parce que bien entendu, quand tu passes autant de temps à chercher le parfait costume, c’est fort probable que tu ne le trouves pas dans les boutiques. Il fallait tout fabriquer de A à Z.

C’est donc comme ça que ma soeur a déjà arpenté les rues déguisée en tube de pâte à dents et en table.

La fameuse table.

C’est mon anecdote la plus savoureuse de l’Halloween. Pour plusieurs raisons.

Son costume était parfait. Une plaque de stryromousse sur les épaules, de la vaisselle en carton et des coupes en plastique sur une nappe orange, et sa tête comme centre de table. Comment ne pas la trouver adorable?

Ma soeur, pas la table.

Sauf que cette année-là, le soir du 31 octobre, il pleuvait. Quel drame dans la vie de milliers de jeunes. À 9 ans, la journée la plus importante, après Noël, c’est l'Halloween.

C’est vrai!

Un concept sûrement inventé par les enfants eux-mêmes. Tsé, cogner chez tout le monde, le soir, pour quêter des friandises.

Passer la soirée dehors avec tes amis. Vider ton sac bien rempli sur le plancher du salon. Faire des échanges pour ne récolter que tes bonbons préférés.

Le paradis des enfants!

Vous serez alors d’accord que quand Dame Nature décide qu’elle s’en fout de l’Halloween et qu’elle déverse quand même sa peine sur la province, c’est plein de petits pirates et de petites sorcières qui sont tristes. Un fantôme en parapluie, quelle déception..

Ma soeur, la table du quartier, n’était pas plus à l’abri que les autres. Les coupes de vin remplies d’eau, le centre de table mouillé.

Si on considère que les gens qui donnent des bonbons sont en majorité des parents, ou des grands-parents, on se dit que quelques-uns devraient avoir la gentillesse de laisser entrer les petits durant le déluge. Au moins jusqu’à temps que ça se calme. C’est pourquoi un monsieur a laissé entrer tous les amis de ma soeur en lui disant: toé, la table, tu restes dehors.

Chaque fois que ma soeur raconte cette histoire, elle a la même incompréhension dans les yeux. On a tellement ri ce soir-là. On en a presque oublié l’échange de bonbons. Moi, je riais d’elle, et elle riait jaune.

Tant de temps à confectionner un costume pour impressionner, et une petite phrase pour effacer tout son plaisir. Elle s’est toujours souvenue de ce commentaire, et oublié toutes les autres maisons qui devaient être en admiration devant cette originalité.

Alors s’il-vous-plaît, si jamais il pleut ce soir, laissez entrer les tables. Elles sont adorables.

Joyeuse Halloween!

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kindsoul 08/01/2015 14:33

J'aime bien ta façon d'écrire :)

Mireille 31/10/2014 20:28

C'est délicieux...et amusez-vous bien ce soir.

mboivin52@outlook.com 31/10/2014 14:50

Très beau texte Gabrielle, tu nous fais vivre les joies et les peines de ce beau souvenir!