Chronique d'une enseignante indigne - Le vent dans le toupet

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Moi, j’aime ça l’odeur du printemps. J’aime ça le moment où on ouvre les fenêtres dans les classes.

Ça veut dire 2 choses, en théorie.

La première, c’est que l’été s’en vient. La deuxième, ça veut dire que l’école est bientôt terminée.

En pratique, c’est autre chose.

L’odeur du printemps, ça change drastiquement l’ambiance d’une classe. Parce que ça sent les vacances. Parce que quand les fenêtres sont ouvertes et que le vent souffle dans tes cheveux, la situation n’est pas à l’apprentissage de la subordonnée.

Les élèves sentent la fin arriver. Ils savent que toute la matière a été vue, ils savent s’ils réussissent leur année, ou pas. Ils savent aussi que les piscines et les soirées entre amis approchent.

Ce que ça fait dans une classe?

Ben ça fait que la motivation, si durement acquise durant l’année, n’est plus.

Elle meurt.

Le vent la chasse.

C’est si difficile pour eux de rester assis à l’intérieur à écouter les enseignants toute la journée alors que tout en eux est attiré par le soleil de l’extérieur.

La révision de fin d’année, les exposés oraux, la semaine d’examens.. On ne peut pas dire que c’est leur partie préférée de l’année.

En fait, leur partie préférée est certainement ces deux mois de congé tant attendus. Alors, ce qui vient juste avant, c’est une torture.

Le beau temps est là, il est prêt.

Encore 2 petites semaines et ça y est!

Étrangement, ce sont ces deux dernières semaines qui sont les plus longues. Si près du but.

J’suis certaine que secrètement, ils espèrent tous que les examens soient annulés. Que les profs leur donnent congé plus vite. Et je les comprends.

Bon. Je ne parle que des élèves pour l’instant, mais c’est la fin de l’année pour tout le monde.

Pour les enseignants aussi.

La fin des classes, pour les enseignants, ça veut dire des élèves pas concentrés et blasés, plus que d’habitude. Ça veut dire une pile de correction. Le stress de savoir s’ils vont réussir.

L’odeur du printemps peut être si enivrante parfois. Mais la majorité du temps, si on ouvre les fenêtres, c’est soit parce que la classe est tellement humide que même les murs suent, ou parce que l’odeur des hormones adolescentes prend le dessus sur celle du printemps.

La fin des classes, c’est aussi ça.

C’est la fatigue accumulée, le manque de patience, le décompte des cours. C’est le rush de la fin, la broue dans le toupet, tsé. Les périodes d’étude, les examens, les bulletins. Les efforts payants d’une année enfin notés.

La fin de l’année, pour les enseignants, ça veut aussi dire quitter nos élèves.

Et ça, c’est triste.

On s’attache plus facilement qu’on pense. La fin de l’année, ça nous fait oublier leurs moins bonnes périodes et leurs problèmes. On se dit que c’était pas si pire que ça, que ce sont de bons élèves et qu’on voudrait rester avec eux.

L’avantage, c’est qu’on en a des nouveaux chaque année, et que le processus recommence.

Et qu’on finira par les aimer eux aussi.

Tous.

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