Mes yeux d'enfant

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Dehors, c’est beau. C’est jour de tempête, et je reste à ma fenêtre observer les flocons tomber. Avec le vent, on dirait qu’ils dansent. Je pourrais rester là longtemps, perdue dans mes pensées.

Dans ma tête, une tempête de souvenirs, comme des flocons qui se bousculent. C’est blanc partout, même l’air est blanc. Les arbres sans feuilles, enrobés d’un drap blanc.

Il neige dehors, et j’aimerais encore être une petite fille.

Quand j’étais petite, je voulais grandir. Je disais tout le temps, quand je serai grande, bla-bla-bla.

Je voulais faire plein de choses, voir plein de choses. Comme si ma vraie vie n’était pas encore commencée, comme si elle allait venir avec les années. En fait, je ne sais pas si je suis la grande dont je rêvais petite, mais manifestement, des fois je m’ennuie d’être cette petite.

Pour plusieurs raisons.

La vie à travers des yeux d’enfant est savoureuse, surtout à travers les miens. J’étais intense, pleine d’énergie et de choses à dire.

Quand il neige dehors, je veux sortir avec mes pantalons de neige et avoir encore 5 ans. J’ai le goût d’aller jouer dehors avec cette même énergie qui m’habitait enfant. Je veux courir et me jeter partout sans penser que je vais me salir. Je veux passer la soirée dehors sous la neige parce que je n’ai pas de devoirs. Je voudrais encore être assez petite pour faire une balade en traineau dans les rues du quartier.

J’aimais tellement ça faire du traineau.

En plus, mon père c’était le plus fort. Il était capable de nous trainer, les deux fillettes, dans le même traineau, dans tout le quartier.

J’aimerais voir encore la vie avec ces yeux-là. Ces yeux d’enfant.

Quand il faisait froid, c’était pas grave, la glace était plus belle. On pouvait passer des soirées complètes à tourner en rond sur cette patinoire en face, sans jamais se plaindre de la température. On se couchait sur le sol pour faire des anges, on pouvait écrire aussi. Laisser nos traces. Le plaisir avec la neige était varié, et les façons de s’amuser avec elle aussi.

Les tempêtes de neige, les grosses, quand j’étais petite, ça voulait dire deux choses. Les écoles étaient fermées, et on avait toute la journée pour faire des tunnels dans les bancs de neige.

Les adultes, eux, ils pensent juste aux routes enneigées, à l’auto ensevelie, à la cour à pelleter.

Pourtant, la neige, c’est magique. C’est comme des petits diamants qui volent dans le ciel, qui brillent sous les lampadaires. Le soir, ce sont ces petits flocons qui mettent de la vie dehors alors que tout le reste du monde est inactif, endormi. Eux, ils n’arrêtent jamais de danser. La valse continue jusqu’au matin.

Quand j’étais petite, j’adorais l’hiver. On ne peut pas en dire autant de la grande que j’suis devenue.

Quand il neige dehors, je ressens comme une urgence de vivre. Je veux sortir dans la tempête, et je veux avoir encore 5 ans.

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Monique 18/03/2014 01:57

Je te comprends très bien et ça me fait repenser à mes jeux d'enfant l'hiver, et je m'ennuie aussi. C'était magnifique!