Quand le Canada joue

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Dans la carrière d’un enseignant, il y a des moments où on perd le contrôle. Des événement qui nous dépassent, on n’y peut rien. Des enseignants désarmés face à une situation particulière, c’est possible.

J’entrerais les Jeux olympiques dans cette catégorie d’événements.

Prolongation, ça y est. L’équipe de hockey féminin du Canada joue pour l’or durant ta période de français. C’est la fin. L’enseignant devient impuissant. Tu as beau planifier mille stratégies, faire toutes sortes de steppettes devant la classe, tu as perdu, c’est assuré.

Il faut avouer que c’est rassembleur, les Jeux olympiques. Durant deux semaines, tout le monde a le même objectif, tout le monde veut la même chose pour une fois, gagner.

En classe, c’est pareil.

Parce que quand le Canada joue, y’a pas de gros, de laids, de riches ou de pauvres, de populaires, et pas de rejets. Pour une fois, le souhait de tout le monde converge: un seul but et c’est la victoire.

Y’a des moments comme ça où j’aime observer les élèves. J’aime les voir interagir entre eux, et j’aime surtout les voir former ce cercle humain autour de cet objet de première importance aujourd’hui. C’est beau de les voir tous assis autour du même ordinateur, sans chicanes. Un petit ordi de 13 pouces, l’écran malmené, personne ne s’en plaint. La connexion internet devient alors la chose la plus précieuse au monde. On ne veut pas la perdre, parce que ça serait la fin du monde.

On prend tous pour la même équipe, et on devient une équipe. Quand le Canada joue en classe, pas besoin de demander le silence. Ça va de soi. Tout le monde est attentif, on attend.

Ça y est. La classe d’en face se met à crier. Avant nous. C’est la panique. Les secondes qui suivent sont alors cruciales. Personne ne veut briser ce silence douloureux, mais tout le monde veut savoir.

But.

Tsé quand tu dis que la classe est incontrôlable, je sais de quoi tu parles.

Mais je ne dis rien, je ne fais rien. Je souris. Et je les regarde. Ils sautent partout, ensemble. Ils se tapent dans les mains. Probablement que certains élèves ont eu leur première interaction, d’autres ont échangé leurs premières paroles depuis septembre. Et c’était pas des insultes.

Dans des moments comme ça, le français prend le bord. Et c’est pas grave, parce que la solidarité, l’entraide et la complicité entre élèves, c’est ce qu’il y a de plus beau.

Moi j’y crois à cette future génération, malgré tout ce que les gens peuvent penser, ou dire. Et devant cette partie de Team Canada, la confiance que j’avais envers eux s’est confirmée.

C’est encourageant de voir ces élèves s’intéresser à autre chose que leur cellulaire.

Et pour une fois que c’est pas des vidéos stupides d’alcool qui les unissent.

Des événements rassembleurs de la sorte, il faut leur laisser la chance d’en profiter pour être un groupe, et non plusieurs élèves mélangés, obligés de rester ensemble 5 jours par semaine. Ce qu'ils ressentent trop souvent.

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Nadia Morin 22/02/2014 03:24

J'adore cet article et ça me touche beaucoup. Ça met vraiment les mots sur ce que j'ai vécu avec mes propres élèves cette semaine. Bravo Gabrielle! (et ta plume!)